20 avril 2011

La nouvelle extrême-droite

Elle n’a plus besoin de suivre un corpus idéologique compact, comprenant doctrine, propagande, embrigadement et uniforme – d’où sa banalisation, sa légitimation, elle n’est plus calquée sur le modèle apparent du fascisme.

Elle utilise un subtil double langage en affirmant des valeurs humanistes, tout en les contredisant immédiatement par un discours d’exclusion.

Elle crie à la persécution médiatique alors qu’elle en tient le haut du pavé en permanence.

Elle affirme une indépendance d’esprit qui va jusqu’à se désolidariser de ses semblables, avant de les défendre au nom de la liberté d’expression.

Elle recycle le moindre propos de bistrot en lui donnant du lustre par contraste avec le politiquement correct qu’elle déclare honnir.

Elle cite en permanence les propos de Fabius qui un jour affirma que « le Front National [posait] de bonnes questions (elle ne cite cependant jamais la seconde partie de la phrase, « mais apporte de mauvaises réponses »).

Dans le même ordre d’idée elle copie-colle partout les propos d’Emmanuel Todd affirmant avec dépit – mais le dépit n’est pas cité – que Marine Le Pen pourrait être « la seule candidate avec un programme crédible en 2012 ».

Elle dénonce la délinquance et le communautarisme des étrangers ou des immigrés avec l’appui des statistiques, tout en feignant de ne pas définir un Français comme exclusivement blanc.

Elle parle au nom des classes populaires défavorisées dont elle ne partage ni les crèches, ni les écoles, ni les gymnases, ni même les trottoirs.

Elle utilise toujours des innocents par définition sans voix politique pour se justifier : les enfants, les vieux isolés, les abstentionnistes.

Elle dit systématiquement « Nos compatriotes en ont marre ».

Elle s’est réinstallée parmi nous en rendant propres et acceptables la défense de la peine de mort, la haine des homosexuel-les et de l’avortement, la peur des invasions exogènes, la détestation de l’Islam ou plutôt de tous les Musulmans.

Elle est représentée par des personnalités aux egos fragilisés, emplis d’une rancœur et d’une volonté de revanche parfois ultra-violente contre des institutions aux contours plus ou moins identifiables : journalistes frustrés d’influence, politiques désireux de gommer d’anciennes humiliations ou déceptions.

Elle a pignon sur rue désormais, dans les étages supérieurs du pouvoir politique et médiatique. Elle a pour noms Claude Guéant, Eric Zemmour, Marine Le Pen, Robert Ménard, Eric Besson, Henri Guaino, Nicolas Sarkozy… liste ouverte aux entrées comme aux sorties, quoi que dans le 2e cas, je reste dubitatif.

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